L’huile de ricin, appelée zit el kharwa3 (زيت الخروع) au Maroc, est l’un des remèdes de beauté les plus utilisés de la pharmacopée traditionnelle marocaine. Extraite des graines du ricin commun (Ricinus communis), cette huile épaisse et dorée se transmet de génération en génération pour fortifier les cheveux, nourrir les cils et adoucir la peau. Derrière cette réputation se cache une composition chimique unique dans le monde végétal, mais aussi des précautions d’emploi qu’il vaut mieux connaître avant de l’utiliser.

Qu’est-ce que l’huile de ricin ?
Le ricin est un arbuste de la famille des Euphorbiacées, originaire d’Afrique tropicale et largement naturalisé sur le pourtour méditerranéen, y compris au Maroc où on le rencontre en bord de routes et dans les terrains vagues. Ses grandes feuilles palmées, découpées en sept à onze lobes, sont caractéristiques, tout comme ses capsules épineuses qui renferment des graines marbrées ressemblant à des tiques — d’où le nom latin ricinus.
Ce sont ces graines que l’on presse pour obtenir l’huile. Un point mérite d’être clarifié d’emblée : la graine de ricin contient de la ricine, une protéine hautement toxique. Cette toxine étant hydrosoluble et non liposoluble, elle ne passe pas dans l’huile lors de la pression. Une huile correctement pressée à froid puis filtrée est donc dépourvue de ricine. C’est précisément pour cette raison qu’il faut privilégier une huile vierge, pressée à froid et de qualité cosmétique ou pharmaceutique, et ne jamais consommer les graines elles-mêmes.
Composition et principes actifs de l’huile de ricin
La signature de l’huile de ricin tient à un seul composé : l’acide ricinoléique, qui représente plus de 85 % de son profil en acides gras. C’est un acide gras monoinsaturé hydroxylé, c’est-à-dire porteur d’un groupement hydroxyle (-OH) sur sa chaîne carbonée. Aucune autre huile végétale courante n’en contient en proportion notable, ce qui fait de cette huile un ingrédient à part.
Ce groupement hydroxyle explique la plupart de ses propriétés :
- Acide ricinoléique (plus de 85 %) : responsable de la viscosité exceptionnelle de l’huile, de son pouvoir occlusif et de ses propriétés anti-inflammatoires et antimicrobiennes documentées.
- Acide oléique : acide gras oméga-9 assouplissant, également majoritaire dans l’huile d’olive.
- Acide linoléique : oméga-6 essentiel, qui participe à l’intégrité de la barrière cutanée.
- Acides stéarique et palmitique : acides gras saturés présents en faible proportion.
- Vitamine E et tocophérols : antioxydants naturels qui améliorent la stabilité oxydative de l’huile.
Cette viscosité très élevée, plusieurs fois supérieure à celle des autres huiles végétales, n’est pas un défaut : c’est elle qui permet à l’huile de former un film protecteur durable à la surface de la fibre capillaire et de la peau.
Les bienfaits de l’huile de ricin
Nourrir les cheveux secs et limiter la casse
C’est l’usage le plus répandu au Maroc. Grâce à son caractère occlusif, l’huile de ricin scelle les cuticules du cheveu et limite la perte en eau de la fibre. Sur des longueurs sèches, poreuses ou abîmées par les colorations et la chaleur, elle restaure la souplesse et la brillance, et réduit mécaniquement la casse et les fourches. Elle est particulièrement appréciée sur cheveux crépus, bouclés et frisés, naturellement plus secs.
Apaiser le cuir chevelu
Les propriétés anti-inflammatoires et antimicrobiennes de l’acide ricinoléique contribuent à apaiser un cuir chevelu irrité, squameux ou sujet aux démangeaisons. Un cuir chevelu assaini est un meilleur terrain pour la croissance capillaire. Il faut toutefois rester honnête : à ce jour, aucune étude clinique n’a démontré que l’huile de ricin accélère directement la pousse des cheveux. Les résultats visibles tiennent surtout à une meilleure rétention des longueurs, c’est-à-dire à moins de casse.
Renforcer les cils et les sourcils
Appliquée le soir en très petite quantité, l’huile gaine le poil et le rend visuellement plus dense et plus souple. Là encore, l’effet documenté est un effet de gainage et de protection, pas une stimulation folliculaire prouvée. La prudence s’impose autour de l’œil : une seule goutte suffit, déposée sur la ligne des cils sans toucher la muqueuse.
Hydrater et apaiser la peau
Sur les zones les plus sèches — coudes, genoux, talons, lèvres gercées —, l’huile de ricin forme un film protecteur qui ralentit l’évaporation de l’eau et laisse la peau plus souple. Son action anti-inflammatoire en fait aussi un soin d’appoint apprécié sur les petites irritations. Sa texture étant très épaisse, on la dilue volontiers dans une huile plus fluide comme l’huile d’argan ou l’huile d’amande douce.
Fortifier les ongles et les cuticules
Massée quotidiennement sur l’ongle et le pourtour, elle assouplit les cuticules et limite les dédoublements des ongles fragiles. Ses propriétés antifongiques en font également un complément de soin courant en cas d’ongles abîmés, sans pour autant remplacer un traitement antimycosique prescrit.
Un effet laxatif puissant par voie orale
C’est l’usage historique de cette huile en pharmacie. Dans l’intestin, l’acide ricinoléique libéré active des récepteurs spécifiques des muscles lisses intestinaux, ce qui déclenche des contractions et un transit accéléré. L’effet est rapide et puissant — bien plus marqué que celui des autres huiles — ce qui en fait aussi l’usage le plus délicat et le plus encadré. Il ne s’agit en aucun cas d’un remède à prendre au quotidien.
Mode d’utilisation et dosage
En usage externe (cheveux, peau, cils, ongles)
- Bain d’huile capillaire : mélanger une à deux cuillères à soupe d’huile de ricin avec une huile plus fluide (argan, olive, amande douce) à parts égales. Appliquer sur cheveux secs, des racines aux pointes, masser le cuir chevelu, laisser poser 30 minutes à une nuit, puis laver avec un shampooing doux — souvent deux fois, tant la texture est tenace.
- Fréquence : une à deux fois par semaine suffisent. Plus n’est pas mieux : une application trop fréquente alourdit la fibre et peut obstruer les follicules.
- Cils et sourcils : une goutte déposée le soir avec un coton-tige propre ou une brosse à mascara dédiée, en évitant le contact avec l’œil.
- Ongles : quelques gouttes massées sur la tablette et les cuticules chaque soir.
- Peau : pure sur les zones très sèches et localisées, ou diluée à 10-20 % dans une huile végétale pour une application plus large.
En usage interne
Par voie orale, la dose classiquement citée chez l’adulte est de une à deux cuillères à soupe, en prise unique et exceptionnelle, jamais répétée plusieurs jours de suite sans avis médical. L’effet survient généralement en deux à six heures. Cet usage doit rester ponctuel et, idéalement, être validé par un médecin ou un pharmacien : l’automédication répétée expose à la déshydratation et à des déséquilibres électrolytiques. L’huile de ricin n’est jamais un traitement de fond de la constipation ; des fibres comme le psyllium sont bien plus adaptées sur la durée.
Précautions et contre-indications
- Grossesse : la prise orale est formellement déconseillée. L’acide ricinoléique peut déclencher des contractions utérines, avec un risque d’accouchement prématuré et de complications materno-fœtales.
- Allaitement et jeunes enfants : usage interne à éviter, faute de données de sécurité suffisantes.
- Troubles digestifs : contre-indiquée par voie orale en cas d’occlusion intestinale, de douleurs abdominales d’origine inconnue, de maladie inflammatoire chronique de l’intestin ou d’appendicite suspectée.
- Calculs biliaires et troubles cardiaques : demander un avis médical avant toute prise orale.
- Usage oral prolongé : il peut réduire l’absorption des vitamines liposolubles (A, D, E, K) et entraîner une dépendance du côlon aux laxatifs.
- Interactions médicamenteuses : l’accélération du transit peut diminuer l’absorption de certains médicaments. Espacer les prises et demander conseil à un pharmacien.
- Allergies : bien que rares, des réactions cutanées sont possibles. Faire un test au pli du coude 24 heures avant la première application.
- Graines : ne jamais ingérer les graines de ricin, qui contiennent de la ricine, toxine mortelle à faible dose.
FAQ sur l’huile de ricin
L’huile de ricin fait-elle vraiment pousser les cheveux ?
Aucune étude clinique ne le démontre à ce jour. Ce que l’huile fait de façon documentée, c’est nourrir la fibre, apaiser le cuir chevelu et réduire la casse. Résultat : les longueurs se conservent mieux, ce qui donne l’impression d’une pousse plus rapide. C’est un effet réel, mais son mécanisme n’est pas celui que l’on croit.
Comment enlever l’huile de ricin des cheveux ?
Sa viscosité la rend difficile à rincer. Deux astuces : la diluer systématiquement dans une huile plus fluide avant l’application, et appliquer le shampooing sur cheveux secs, avant de mouiller, en émulsionnant bien. Un second shampooing est souvent nécessaire.
Comment choisir une huile de ricin de qualité ?
Rechercher les mentions « vierge », « pressée à froid » et « 100 % pure », un conditionnement en flacon de verre ambré protégeant de la lumière, et une huile limpide, jaune très pâle à ambrée, sans odeur rance. Une huile destinée à un usage interne doit porter une qualité pharmaceutique explicite.
Conclusion
L’huile de ricin est un excellent soin cosmétique, dont la richesse en acide ricinoléique justifie la réputation solide auprès des cheveux secs, des cils fragiles et des peaux sèches. Ses promesses les plus spectaculaires — une pousse accélérée notamment — restent en revanche à nuancer. Par voie orale, c’est un laxatif puissant à réserver à un usage exceptionnel et encadré. Bien choisie et bien dosée, elle mérite largement sa place dans une routine naturelle ; mal utilisée, elle peut poser problème.
Pour aller plus loin
- Huile de ricin — fiche encyclopédique complète sur Wikipédia
- Huile d’argan : bienfaits, dosage et précautions
- Ortie : bienfaits, dosage et précautions
- Psyllium (Ispaghul) : bienfaits, dosage et précautions
Cet article est informatif et ne remplace pas un avis médical. Demandez conseil à votre médecin ou à votre pharmacien avant tout usage, en particulier en cas de grossesse, d’allaitement, de traitement en cours ou de pathologie chronique.




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