Le jujubier (Sedra en darija, Ziziphus lotus) est l’un des arbustes les plus emblématiques des zones arides du Maroc, et ses petits fruits ronds appelés « nbeg » font partie du patrimoine alimentaire et médicinal marocain depuis des siècles. Résistant à la sécheresse, il pousse spontanément des plaines atlantiques jusqu’aux régions présahariennes. Dans les herboristeries de Marrakech, Fès ou Casablanca, on trouve aussi bien ses fruits séchés que ses feuilles et son écorce de racine. Que dit réellement la recherche sur cette plante ? Voici un tour d’horizon factuel de sa composition, de ses vertus, de son mode d’utilisation et de ses limites.

Qu’est-ce que le jujubier (Sedra) ?
Le jujubier sauvage appartient à la famille des Rhamnacées. Il se présente sous la forme d’un arbuste épineux et buissonnant, très ramifié, capable de survivre dans des sols pauvres grâce à un système racinaire profond. On le désigne au Maroc par les noms de Sedra (la plante) et Nbeg ou Nbag (le fruit).
Il ne faut pas le confondre avec le jujubier cultivé (Ziziphus jujuba), originaire d’Asie, dont les fruits sont plus gros et plus charnus, ni avec le sidr (Ziziphus spina-christi) commercialisé pour ses feuilles en poudre. Les trois espèces partagent toutefois une grande partie de leurs composés actifs.
En médecine traditionnelle nord-africaine et moyen-orientale, différentes parties du jujubier ont été employées contre les troubles digestifs, les affections respiratoires (bronchite), les troubles urinaires, les infections cutanées, la fièvre, la diarrhée et l’insomnie. Le fruit est consommé frais ou séché, tandis que les feuilles et l’écorce servent surtout en décoction ou en usage externe.
Composition et principes actifs du jujubier
Les analyses phytochimiques montrent que le jujubier est une plante riche en molécules bioactives. Les travaux publiés sur Ziziphus lotus identifient notamment :
- Des polyphénols et des flavonoïdes : rutine, hypérine (hypéroside), isoquercitrine, auxquels s’ajoute un stilbène bien connu, le resvératrol.
- Des saponines : neuf saponines ont été isolées de la plante, dont sept jujubogénines et deux lotogénines.
- Des alcaloïdes cyclopeptidiques : sept alcaloïdes appelés lotusines (A à G) ont été décrits.
- Des nutriments : glucides, protéines et acides aminés, vitamines, minéraux et acides gras polyinsaturés, particulièrement concentrés dans le fruit et l’amande.
La répartition de ces composés varie selon la partie utilisée : les extraits de graines et d’amandes se distinguent par les teneurs les plus élevées en flavonoïdes et en anthocyanes, tandis que l’écorce de racine concentre saponines et alcaloïdes. C’est cette diversité qui explique le large éventail d’usages traditionnels du jujubier.
Les bienfaits du jujubier
1. Une source d’antioxydants
C’est la propriété la mieux documentée. Les extraits de nbeg présentent une activité antioxydante marquée, attribuée à leur richesse en composés phénoliques et en flavonoïdes. Ces molécules aident à neutraliser les radicaux libres impliqués dans le stress oxydatif, un mécanisme associé au vieillissement cellulaire et à plusieurs maladies chroniques.
2. Un effet apaisant sur le sommeil et la nervosité
Les graines de jujubier sont traditionnellement réputées pour leurs propriétés sédatives et anxiolytiques, en lien avec les alcaloïdes qu’elles contiennent. Les feuilles et les fleurs entrent également dans des tisanes du soir destinées à favoriser la détente et l’endormissement. Cet usage reste avant tout traditionnel : les données cliniques chez l’humain sont encore limitées.
3. Confort digestif et protection gastrique
Des travaux expérimentaux attribuent aux extraits de la plante des effets anti-ulcéreux et antispasmodiques. Dans l’usage populaire marocain, le nbeg et les décoctions de feuilles sont employés contre les douleurs d’estomac, les ballonnements et la diarrhée.
4. Métabolisme, glycémie et lipides
Plusieurs revues scientifiques se sont intéressées à l’intérêt du jujubier dans le syndrome métabolique. Les flavonoïdes et saponines de la plante ont montré, dans des modèles précliniques, une capacité à moduler le métabolisme des lipides ainsi que des propriétés hypoglycémiantes, antihypertensives et anti-obésité. Ces résultats sont prometteurs mais ne permettent pas encore de recommandation thérapeutique : ils ne remplacent en aucun cas un traitement antidiabétique.
5. Anti-inflammatoire et cicatrisant
Les flavonoïdes et saponines extraits de l’écorce de racine ont montré une activité anti-inflammatoire significative en laboratoire. La plante est également citée pour ses effets favorables sur la cicatrisation, ce qui rejoint son emploi traditionnel en cataplasme sur les plaies et les affections cutanées.
6. Un fruit nourrissant
Au-delà de ses usages médicinaux, le nbeg est un fruit fonctionnel intéressant : glucides, fibres, protéines, vitamines et minéraux en font un en-cas rustique, longtemps utilisé comme aliment d’appoint dans les zones arides. Séché, il se conserve plusieurs mois.
7. Usage respiratoire traditionnel
La pharmacopée populaire recourt aux préparations de jujubier pour apaiser les bronchites et les toux persistantes. Cet usage est ancien et largement rapporté dans les enquêtes ethnobotaniques marocaines, sans validation clinique à ce jour.
Comment utiliser le jujubier : mode d’emploi et dosage
Il n’existe pas de dosage officiel standardisé pour le jujubier sauvage. Les pratiques traditionnelles et les usages en phytothérapie donnent toutefois des repères :
- Fruits séchés (nbeg) : consommés tels quels, comme un fruit sec, en petite quantité.
- Infusion de feuilles : environ une cuillère à café de feuilles séchées par tasse d’eau frémissante, 5 à 10 minutes d’infusion, jusqu’à 2 tasses par jour, de préférence le soir pour l’effet apaisant.
- Décoction : feuilles ou écorce bouillies quelques minutes puis filtrées ; préparation plus concentrée, à réserver à des cures courtes.
- Teinture mère : une posologie couramment indiquée est de 20 à 30 gouttes diluées dans un peu d’eau, 1 à 3 fois par jour, ou 30 minutes avant le coucher en cas de troubles du sommeil.
- Usage externe : feuilles en poudre (sidr) utilisées en pâte capillaire ou en cataplasme.
En usage interne, il est recommandé de ne pas dépasser trois semaines de cure en continu, puis de faire une pause. Commencez toujours par la dose la plus faible pour évaluer votre tolérance.
Précautions et contre-indications du jujubier
Le fruit consommé en quantité alimentaire est bien toléré. Les préparations concentrées, en revanche, demandent de la prudence.
- Grossesse et allaitement : les extraits médicinaux concentrés (décoctions de feuilles, préparations de racine) sont déconseillés, les données de sécurité sur les alcaloïdes cyclopeptidiques étant insuffisantes.
- Association avec des sédatifs : l’effet sédatif potentiel impose une vigilance particulière en cas de prise concomitante de somnifères, d’anxiolytiques ou d’autres dépresseurs du système nerveux central.
- Diabète et traitement antihypertenseur : en raison des effets possibles sur la glycémie et la tension, demandez l’avis de votre médecin si vous êtes traité.
- Enfants : les préparations concentrées ne sont pas indiquées sans avis professionnel.
- Qualité du produit : achetez auprès d’une source fiable et identifiez bien l’espèce ; les plantes vendues en vrac peuvent être mal identifiées ou mélangées.
En cas de réaction inhabituelle (troubles digestifs, somnolence marquée, réaction cutanée), interrompez la prise et consultez.
Questions fréquentes sur le jujubier
Le nbeg et la jujube sont-ils le même fruit ?
Ce sont des fruits proches mais distincts. Le nbeg provient du jujubier sauvage Ziziphus lotus, petit et peu charnu, tandis que la jujube commercialisée vient le plus souvent de Ziziphus jujuba, une espèce cultivée aux fruits plus gros. Leur profil de composés actifs est comparable.
Le jujubier aide-t-il vraiment à dormir ?
Les graines et les feuilles sont traditionnellement utilisées pour leurs propriétés relaxantes, et des alcaloïdes sédatifs ont été identifiés dans la plante. Les preuves cliniques restent cependant limitées : considérez la tisane du soir comme un soutien de la routine de sommeil, pas comme un traitement de l’insomnie.
Peut-on prendre du jujubier tous les jours ?
Le fruit séché peut être consommé régulièrement comme aliment. Pour les infusions et décoctions, l’usage prudent consiste à limiter les cures à environ trois semaines, puis à observer une pause de quelques jours avant de reprendre.
Conclusion
Le jujubier illustre bien la richesse de la flore marocaine : un arbuste rustique, un fruit nourrissant et un profil phytochimique dense en polyphénols, flavonoïdes, saponines et alcaloïdes. Antioxydant, apaisant, protecteur digestif, intéressant sur le plan métabolique : les pistes sont nombreuses, mais elles reposent encore largement sur des travaux précliniques et sur l’usage traditionnel. Consommé raisonnablement et avec les précautions décrites, le jujubier reste une plante à redécouvrir dans une approche globale du bien-être.
Pour aller plus loin
- Ziziphus lotus — fiche botanique complète sur Wikipédia
- Valériane : bienfaits, dosage et précautions
- Aubépine (Zaarour) : bienfaits, dosage et précautions
- Tilleul : bienfaits, dosage et précautions
Cet article est fourni à titre informatif et ne remplace pas un avis médical. Demandez conseil à votre médecin ou à votre pharmacien avant toute cure, en particulier en cas de grossesse, d’allaitement, de maladie chronique ou de traitement en cours.




